BUCAREST (Reuters) - Nicolas Sarkozy est arrivé lundi à Bucarest pour une visite de cinq heures au cours de laquelle doit être signé un accord de "partenariat stratégique" entre la France et la Roumanie.
Cette visite éclair dans ce pays de 22 millions d'habitants s'inscrit aussi dans le cadre de la préparation de la présidence française de l'Union européenne, au second semestre.
Dans une interview au quotidien roumain Evenimentul Zilei, le président français dit vouloir "redynamiser" les relations entre la France et la Roumanie, pays francophone et francophile mais qui s'efforce également de se rapprocher des Etats-Unis.
"Il nous faut maintenant franchir une étape supplémentaire dans notre partenariat avec la Roumanie, septième pays de l'Union européenne par la taille et qui est aussi un membre actif de l'Otan, dont elle accueillera d'ailleurs le sommet en avril prochain", déclare Nicolas Sarkozy.
"La Roumanie sera le premier pays d'Europe centrale avec lequel la France va signer un partenariat stratégique", ajoute-t-il. Cet accord implique "le renforcement de notre dialogue politique, de nos échanges économiques, de notre coopération en matière de sécurité et de défense, de nos partenariats scientifiques et universitaires."
Le président français souhaite notamment que Paris et Bucarest intensifient leur "dialogue" sur la politique énergétique, la politique européenne de défense et de sécurité et la réforme de la politique agricole commune.
Le Commissariat français à l'énergie atomique et un organisme de recherche roumain envisagent de signer un accord dans ce domaine. De son côté, le groupe Areva envisagerait de se porter candidat pour la construction d'une centrale nucléaire en Roumanie, ajoute-t-on de même source.
En matière d'échanges économiques, une des plus grandes réussites franco-roumaines est l'usine Renault-Dacia qui produit notamment la Logan, dans la région de Bucarest, et qui est devenue le deuxième exportateur de la Roumanie.
La France n'est cependant que le troisième pays étranger investisseur en Roumanie et son cinquième fournisseur, après l'Allemagne, l'Italie, la Hongrie et la Russie.
TOURNER LA PAGE DE LA GUERRE D'IRAK
Selon une source française, la corruption, contre laquelle le président Traian Basescu a promis de lutter, "complique beaucoup" les relations économiques.
L'ancien pays communiste est un des pays européens qui ont envoyé des soldats aux côtés des troupes américaines en Irak (un peu plus de 700 hommes aujourd'hui). Elle a aussi accepté d'accueillir deux bases américaines.
"Mais les Roumains n'ont pas été vraiment payés en retour", estime-t-on de source diplomatique française.
"La Roumanie est un peu isolée et à la recherche d'une partenaire privilégié. Les Roumains sont donc très contents de la venue de Nicolas Sarkozy", ajoute-t-on de même source.
Dans son interview à Evenimentul Zilei, Nicolas Sarkozy manifeste son intention de tourner la page de la guerre d'Irak, contre laquelle s'était élevé son prédécesseur Jacques Chirac, qui avait reproché aux pays d'Europe centrale alliés des Etats-Unis d'avoir "manqué une bonne occasion de se taire".
"Il ne s'agit pas de refaire l'histoire", dit le président français. "Tout le monde est aujourd'hui dans une logique de retrait d'Irak. A ma connaissance, la Roumanie aussi, même si elle n'a pas pour le moment décidé d'un calendrier."
On estime de source diplomatique française que les Roumains ont fait "deux cadeaux" à la France : la décision de la Roumanie de participer à la force européenne au Tchad à hauteur de 120 hommes et celle de lancer le processus de ratification du traité de Lisbonne sur les institutions européennes immédiatement après une allocution de Nicolas Sarkozy devant le Parlement roumain.
Sa visite intervient le jour même où le Parlement français réuni en Congrès vote pour sa part la révision constitutionnelle préalable à la ratification de ce traité par la France.
Outre son allocution au Parlement roumain et la signature du partenariat stratégique, Nicolas Sarkozy devait rencontrer Traian Basescu et le Premier ministre Calin Tariceanu.